Le 22 novembre 1416, Nicolas Flamel dicte ses dernières volontés à deux notaires du Châtelet. Voici ce que dit ce long document, en complément de notre article Nicolas Flamel, immortel par erreur.

Où lire le texte

L’original, long de plus d’un mètre, a rejoint en 2025 les Archives nationales avec le fonds de l’hôpital des Quinze-Vingts. Il est présenté au musée de Cluny jusqu’au 24 janvier 2027. Nous ne l’avons pas trouvé en ligne.

La Bibliothèque nationale de France conserve une copie de 1421, numérisée sur Gallica (manuscrit Latin 9164).

Le plus simple à lire reste l’édition qu’en donne l’abbé Étienne-François Villain en 1758, à la fin de son histoire de la paroisse. Nous en mettons à disposition les pages utiles : son chapitre sur Flamel et Pernelle (p. 145-164) et le testament (p. 276-304).

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Les extraits ci-dessous suivent l’orthographe de Villain. Nous les avons relus sur le livre imprimé.

Sain de corps et de pensée

Le préambule pose le décor. Flamel n’est pas sur son lit de mort : il reste environ seize mois à vivre à cet homme qui prend les devants.

« fut personnellement establi Nicolas Flamel, Escrivain, sain de corps & pensée, bien parlant & de bon & vray entendement »

Villain, p. 276

La tombe, déjà payée

Il a choisi sa place et réglé la note de longue date. La pierre l’attend chez lui.

« laquelle sépulture il eslut en l’Eglise S. Jacques de la Boucherie devant le Crucifix & Notre-Dame, en payant 14 francs à l’Euvre [...] & que sur sa fosse soit mis, par maniere de mémoire, une petite tombe qui est en sa maison, ou une autre se bon semble »

Villain, p. 277

Le jour de l’enterrement

Cent sols pour le luminaire, cinquante messes basses, trente-deux sols pour faire sonner les cloches. Il pense aussi aux vivants : ses voisins iront boire à sa santé, si l’on peut dire, et trois cents pauvres recevront quatre deniers chacun pendant le service.

« Item à ses voisins qui feront compagnie au service pour aller boire ou disner comme bon leur semblera & prier pour lui quatre livres parisis »

Villain, p. 278

Trois cents aunes de drap brun

Cent familles de travailleurs pauvres recevront de quoi s’habiller, en priorité à La Villette, à Issy, à Rueil et à Nanterre, où il possède des rentes. Avec une condition : interdit de revendre.

« dont ils seront tenus de faire chacun en droit soy cotte chappron & chausses pour les porter & user tant comme ils pourront durer sans les vendre ni convertir ailleurs sur peine de restituer la valeur du drap »

Villain, p. 279

Deux cents aunes de drap plus fin iront à des religieux et à de pauvres prêtres et étudiants. Villain y voit le souci des études chez un homme qui vit de l’écrit.

Neuf confréries et une chaîne de calices

Flamel appartient à au moins neuf confréries. Chacune, ainsi que plusieurs églises dont Notre-Dame de Pontoise, recevra un calice d’argent doré et une torche. En échange, elle viendra faire dire un service solennel à Saint-Jacques.

« Item. Laissa à neuf Confreries ou plus dont il est à présent confrere »

Villain, p. 281

Margot, la servante exécutrice

C’est la figure la plus inattendue du testament. Margot la Quesnel, sa chambrière, et sa fille Colette reçoivent du mobilier, 40 livres de rente et un logement. Mais Margot doit rester célibataire.

« en telle maniere que ladite Margot ne soit point mariée & qu’elles soient toujours de bon & honneste gouvernement »

Villain, p. 283

Flamel la charge aussi de veiller à l’exécution du testament, aux côtés des marguilliers, et d’entretenir chaque samedi cinq chandelles devant la Vierge. Deux ans après la mort de son maître, une sentence du Châtelet nous apprend qu’elle a épousé un orfèvre, Maclou Vallier.

La famille à la porte

Quarante livres pour solde de tout compte, et à partager.

« Laissa tant en aumône comme pour tout droit de succession à ses parens, si aucun en a qui se voudroient dire ses héritiers [...] quarante livres parisis en argent pour une fois à tous ensemble »

Villain, p. 285

Le programme des messes

Pendant sept ans et quarante jours, une messe basse par jour, dite à tour de rôle par les quatre ordres mendiants, sauf le vendredi, réservé à un service solennel. Les vendredis, sept pauvres se rangent de part et d’autre et reçoivent treize deniers. Ceux des Quinze-Vingts passent en priorité.

« & si il y veut venir sept pauvres personnes des Quinze-Vingt à iceux services des Vendredis ils y seront reçus pour ce faire pardevant autres »

Villain, p. 287

Viennent ensuite les douze services annuels, un par mois, à perpétuité. Jusqu’à treize membres des Quinze-Vingts, « que aveugles que autres », doivent y assister, et reçoivent douze deniers chacun.

« être dit, fait & célébré par chacun an perpétuellement en ladite Eglise S. Jacques de la Boucherie »

Villain, p. 287

Tout à Saint-Jacques, sous conditions

La paroisse reçoit tous ses biens, à charge d’exécuter le testament. Il réserve spécialement 180 livres de rente aux services perpétuels, et mentionne au passage la maison du carrefour.

« ledit Testateur laissa à l’Œuvre de l’Eglise S. Jacques de la Boucherie à Paris tous ses biens-meubles, rentes, maisons & héritages [...] avec sa moitié de maison par indivis faisant le coin de la rue Marivaux »

Villain, p. 293

Il n’a pas confiance pour autant. Il demande que tout soit « gravé en pierre ou laton apparent ». Si Saint-Jacques se dérobe, le legs passe à d’autres paroisses. Et il verrouille contre les plus hautes autorités :

« sans aucune chose muer ou faire au contraire par impétration dispensation de Pape, de Roy, de Prélats ou autres »

Villain, p. 301

Le notaire scelle l’acte, passé le dimanche 22 novembre. Le testament a été établi en quatre exemplaires, au cas où l’un se perdrait. Un homme prudent, décidément.

Chaque visite de la Compagnie des Guides se nourrit de ces enquêtes. Ce que nous découvrons, nous le partageons avec vous.

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